Municipales 2014 : maire de village, ça use…

Francis Caussieu, maire de Gèdre, ne se représentera pas aux municipales de 2014. Il s’est échiné à convaincre des entreprises de s’implanter et à développer les atouts naturels et touristiques de sa commune, il s’est usé à lutter contre son dépeuplement et  son enclavement. Mais le quotidien l’a rattrapé, le temps lui a manqué, la frustration l’a gagné. Pour toujours ?

Francis Caussieu, maire de Gèdre ne veut pas se représenter aux municipales de 2014

Francis Caussieu, maire de Gèdre, ne veut pas se représenter aux municipales de 2014.

Francis Caussieu est si frustré qu’il ne se représentera pas aux municipales 2014. Depuis qu’il est maire de Gèdre (65), il s’use à gérer le quotidien tout en essayant de ramener l’emploi et des familles dans cette commune rurale de 250 habitants aux portes du cirque pyrénéen de Gavarnie. Après cinq ans de lutte, le bilan est maigre. « J’aurais voulu avoir plus de temps, plus de moyens pour faire venir des entreprises, mais c’est très difficile », soupire-t-il.

1 – « Les gens décèdent les uns après les autres »

Entre sa société informatique et son activité de loueur de gîtes et de tipis indiens, il se bat avec son équipe municipale contre la fatalité d’un village de montagne c’est-à-dire principalement l’enclavement et le dépeuplement : « Les gens décèdent les uns après les autres » constate-t-il. En un an et demi, on en a enterré 13. Près d’un par mois. C’est énorme. Et depuis le début de l’année, nous sommes sur le même rythme ». Jadis, terre de culture et d’élevage, il ne reste aujourd’hui à Gèdre qu’une grosse douzaine d’agriculteurs et quelques personnes âgées. Pas suffisant pour faire vivre des commerces à l’année et juste assez pour maintenir une épicerie en activité, non sans que la mairie eût fourni le matériel et concédé des loyers réduits aux gérants. « Ce fut mon premier chantier car c’était vital pour maintenir la population sur place et assurer la pérennité de notre plus grosse activité économique sur place, le tourisme », insiste le maire. Le village, l’un des plus grands de France par sa superficie, est au carrefour des routes vers les cirques de Troumouse, d’Estaubé et – le plus célèbre d’entre eux – de Gavarnie, classé depuis 1997 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco et qui attire chaque année plus de 800 000 visiteurs, dont environ un tiers s’arrêtent à Gèdre.

2 – Le tourisme ne sauvera pas du déclin

Malgré son emplacement stratégique, le développement économique de Gèdre par le tourisme paraît menacé : « Compte tenu de la crise, mais aussi de l’érosion de la fréquentation touristique de Gavarnie due à un manque de vitalité de la commune pour renouveler son offre touristique, je ne suis pas certain que ce secteur nous sauvera », prévient Francis Caussieu.

Le maire s’est alors tourné vers l’or communal, l’eau. Gèdre possède sur son territoire la centrale hydro-électrique la plus puissante des Pyrénées, gérée par EDF et qui rétrocède à la commune 7 à 11 % du chiffre d’affaires réalisé sur la vente d’électricité produite : « ces revenus représentent plus du tiers du budget annuel de la commune », admet Francis Caussieu. Cette manne, le maire voulait la faire fructifier, sur d’autres cours d’eau. Avec la modification de la loi sur l’eau qui stipule qu’aucun des affluents du Gave de Pau ne peut être turbiné sauf en cas de discontinuité écologique (obstacles empêchant les poissons de frayer), Francis Caussieu a lancé des appels d’offres pour turbiner les gaves de Buée et de Saugué. « Les deux micro-centrales dont les coûts d’installation et de fonctionnement incombent à l’exploitant rapporteront à la commune entre 30 000 et 40 000 euros chacune par an », se réjouit-il.

3 – Des espoirs italiens déçus

Pourtant, cette affaire aurait pu apporter un trésor bien plus précieux à la commune : des familles et de l’emploi. Parmi les candidats, une société italienne proposait non seulement de construire la micro-centrale, mais également une usine d’embouteillage d’eau : « Qui dit usine, dit une vingtaine d’emplois », pense aussitôt Francis Caussieu. Le maire parvient à trouver un terrain à vendre proche des sources, fait les études sanitaires de l’eau, s’adapte à toutes les demandes du candidat. Trop beau pour être vrai. L’Italien n’offre pas toutes les garanties voulues, l’eau n’apparaît pas très riche, le projet d’embouteillage…tombe à l’eau. L’autre candidat, la société Serrhy, emportera finalement le marché des micro-centrales. « C’est dommage. Une vingtaine d’emplois, c’était au moins une douzaine de familles avec des enfants pour garantir la survie de l’école », grince l’édile qui vient de recevoir de la part de l’Education Nationale une menace sur le maintien d’un poste d’enseignant face à la baisse des effectifs.

L'ancienne boulangerie où un couple d'apiculteurs voulait ouvrir une boutique de produits dérivés du miel

L’ancienne boulangerie où un couple d’apiculteurs voulait ouvrir une boutique de produits dérivés du miel.

Des espoirs déçus, Francis Caussieu en a connu d’autres comme ce centre d’appels qu’un amoureux de la région rêver d’implanter ou cette famille d’apiculteurs qui voulait créer une exploitation et ouvrir une boutique à l’emplacement de l’ancienne boulangerie. « Ils avaient trois enfants, et voulaient lancer des produits dérivés du miel, c’était génial », se remémore le maire. L’enclavement de la commune et la crise auront là encore raison des projets.

4 – Andorre la sauveuse ?

Il espère encore attirer les résidents étrangers, notamment les anglo-saxons séduits par la région, pour enrayer la chute de la population et compte sur les repreneurs andorrans de la station de Gavarnie en difficulté financière l’an dernier pour développer un vaste projet d’animation dans les trois cirques montagneux, au sein du Parc National des Pyrénées.

« Des entreprises, tout le monde en veut » lâche-t-il. « Mais ce n’est pas facile. J’ai le sentiment que seul, on ne peut pas faire grand-chose. J’aurais aimé avoir l’aide des députés, des moyens pour recruter un développeur économique. Oui, je suis frustré de ne pouvoir faire plus. » En 2014, il retournera cultiver son jardin et veut passer la main.  » Mais ce n’est pas parce que je ne serai plus maire, que je ne serai pas amené à installer quelque chose ici. » Avec les promoteurs andorrans ?

Cédric Néau

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