Congrès de Valence : Les développeurs territoriaux cherchent à faire réseau

Les 450 participants votaient en direct aux propositions élaborées par les organisateurs après une enquête et une pré-rencontre auprès des développeurs territoriaux.

Les 450 participants votaient en direct aux propositions élaborées par les organisateurs après une enquête et une pré-rencontre auprès des développeurs territoriaux.

Réunis pour la première fois en congrès, les professionnels du développement local, ont échangé sur leurs pratiques professionnelles et sur l’avenir de leurs métiers. Celui-ci passera vraisemblablement par une nouvelle manière de mobiliser les acteurs institutionnels, mais surtout la population des territoires concernés.

Il y avait besoin de se parler, de se rassurer même. Face aux évolutions anxiogènes des métiers du développement territorial, les professionnels, qu’ils soient chargés de mission, chef de projet, directeurs ou animateurs, voulaient sortir de l’ombre de leur rôle pour s’éclairer les uns les autres de leurs pratiques professionnelles. Sous l’impulsion de l’Unadel (Union des acteurs et des structures de développement local), de l’IRDSU (Inter-réseau du développement social urbain), du Collectif  Ville Campagne et de la plate-forme régionale du développement rural de Rhône-Alpes, plus de 450 professionnels se sont réunis en congrès à Valence les 3 et 4 juillet dernier, avec l’espoir de « faire famille », selon l’expression d’Olivier Denoual, administrateur du collectif Ville Campagne.

1 – solidarité affichée, mais concurrence territoriale de fait

Mais si cette assemblée avait la volonté de se rassembler autour de valeurs communes et se montrer solidaires devant la prépondérance des intercommunalités, la complexification des procédures ou la raréfaction des ressources disponibles – constatée par la plupart des participants, « la multiplication des appels à projets met chacun des territoires en concurrence, avec le risque de relégation pour les moins bien lotis en ingénierie », remarque Gilles Rey-Giraud, responsable des politiques territoriales à ETD (Entreprise territoires et développement). « La crise nous oblige à faire de la politique, c’est-à-dire de faire des choix et non plus seulement de la gestion », précisera un peu plus tard avec franchise Patrice Joly, président du conseil général de la Nièvre.

2 – Un problème de ressources… et d’emplois !

De fait, certains projets restent sur le carreau… ainsi que leurs développeurs. Au moins une bonne dizaine de participants au congrès étaient ainsi en recherche de nouvelles missions, tandis que beaucoup d’autres n’avaient aucune visibilité sur leur avenir : « les financements de nos missions disparaissent les uns après les autres », déplorait par exemple Anne Laurent, adjoint chef de projet au Pays de Corbières Minervois. « Que vont devenir les 7 personnes de notre service », interroge-t-elle ?

« La raréfaction des ressources est un faux problème !  Ce phénomène existe depuis longtemps et celui qui s’en plaint aujourd’hui est soit mal formé, soit malhonnête », avait pourtant claqué Sabrina Jacqueline, directrice de l’Institut de développement territorial de l’Ecole de management-Normandie, interrogée avant le congrès. « Les ressources sont en fait mal connues, elles sont certainement plus éclatées qu’avant la crise, moins homogènes et pas forcément sur le territoire », admet Gilles Rey-Giraud. Bruno Pinard-Legry, directeur de Vichy Val d’Allier, a ainsi cessé d’implorer de nouveaux moyens pour aller à la pêche aux compétences cachées. Il a ainsi engagé en stage pour un montant total de 2500 euros quelques étudiants en Master 1 chef de projet et stratégie d’internet de l’université de Vichy pour développer une application d’écoréunion permettant aux participants d’une réunion lointaine, d’organiser leurs déplacements en co-voiturage : « Outre le bénéfice environnemental, cette innovation permet de poursuivre les échanges dans les voitures, de consolider les liens et de faire mieux avancer les projets », se réjouit-il.

3 – Appel à la conspiration

Des initiatives de ce type, les 450 participants ont pu s’en nourrir au cours d’une douzaine d’ateliers et d’une vingtaine de sessions courtes, avec l’idée maîtresse de réinventer sa manière de travailler, d’élargir son réseau et ses pratiques : « Il faut parfois créer ses propres normes, ce qui n’est pas si simple car les contraintes poussent aussi à l’innovation », raconte par exemple Isabelle Millet, directrice de l’Association AIDER, à propos de sa réalisation d’habitations inter-générationnelles. « Ce qui n’est pas interdit est autorisé, il faut savoir jouer des interstices », s’amuse un participant. Cultiver l’impertinence pour repousser les contraintes ? Claude Jacquier, ancien directeur de recherche au  CNRS et directeur de l’ODTI (Observatoire des discriminations et des territoires interculturels) en appelle avec provocation à « la conspiration ! ». « Il n’y a pas d’ennemis, c’est l’évolution du monde qui impose ses changements, c’est dans une dynamique de transformation qu’il faut se placer », nuance Pierre-Jean Andrieu, professeur à l’Université de Paris 7, membre de la plate-forme nationale des métiers du développement (ETD).

4 – Ecart inter-générationnel

Contorsionnistes, assembliers, soutiers, accompagnateurs du changement, facilitateurs, les congressistes ont finalement mis beaucoup de temps à se définir eux-mêmes, agaçant même un peu Sylvie Rebière-Pouyade, présidente de l’IRDSU : « Je suis un peu déçue, car on parle beaucoup de cuisine et on en oublie le sens de notre action. » Elle n’était pas la seule. Les jeunes professionnels, venus en nombre, partageaient ce sentiment : « On a beaucoup parlé de constats, sans rien vraiment dégager », explique Aurélien. « Personne n’a encore évoqué les nouveaux acteurs comme les collectifs qui font beaucoup de choses ignorées des pouvoirs publics », observe Aymeric. « La manière de créer du lien est en fait très conventionnelle », ajoute Sandrine, « alors qu’internet nous permet d’élargir nos échanges entre nous mais aussi avec les acteurs de nos projets. Les élus, qui communiquent en fait beaucoup par ce média, l’ont bien compris ».

5 – La démocratie participative s’invite au congrès

Si les nouvelles façons de faire réseau n’avaient en effet pas été évoquées lors de la première journée de congrès, elles se sont en revanche invitées aux places d’honneur lors de la seconde matinée de plénière consacrée aux propositions. Ainsi, la démocratie participative a déboulé dans l’amphithéâtre pour ne plus en sortir : « Quand un président de région est élu par 20 % des électeurs, il faut se poser clairement la question de la pertinence de la démocratie représentative et notre capacité d’autorité », diagnostique Jo Spiegel président délégué de Mulhouse Alsace Agglomération et membre du bureau de l’ADCF (Assemblée des communautés de France). « Il y a une déconnexion entre ceux qui fabriquent les politiques territoriales et ceux à qui elle est destinée », renchérit Pascal Aubert, porte-parole du collectif Pouvoir d’agir. « On mène depuis trop longtemps des politiques curatives et séparatrices émanant du haut sans jamais utiliser le levier de la société civile. C’est pourtant le seul réservoir que nous n’avons pas assez activé, car nous ne lui faisons pas confiance ».

Les congressistes, dont le rôle d’animateur de terrain leur tient plus que jamais à cœur, applaudissent  à l’appel de Pascal Aubert de « renverser la table » et « d’empowerment ». Ils ont raison : le rapport Bacqué-Mechmache, soutenu par Pouvoir d’Agir et remis ces derniers jours à François Lamy, ministre chargé de la Ville, prône la création de « développeurs de table », destinés à réinstaurer le dialogue avec les populations locales.

Cliquez pour consulter le rapport sur l'Empowerment à la française

Cliquez pour consulter le rapport sur l’Empowerment à la française


http://www.irdsu.net/IMG/pdf/synthese_presse_rapportx-1.pdf

6 – Menaces de faux débats

« Attention aux démarches participatives qui servent la domination sociale. On peut confisquer la parole de manière détournée, au profit d’une élite technicienne », tempère toutefois, Patrice Joly. « Et souvent, à ne donner la parole qu’aux inactifs, retraités ou militants », ajoute Valérie Weber-Haddad, chargée de mission du réseau rural français à la Datar. « Si les démarches participatives ne marchent pas aujourd’hui c’est qu’on ne parle pas des préoccupations des gens et que les projets à débattre dans une salle de classe le soir à 19 heures, viennent de l’administration et de son agenda », répond Pascal Aubert : « Tout est joué d’avance entre les institutionnels car on a du mal à considérer les gens comme des acteurs et qu’on a peur du conflit. » Le rapprochement avec les associations, mais également, les entreprises a également été évoqué, sans avoir toutefois été détaillées. Pourtant, les attentes des populations « restent souvent les mêmes et tournent notamment autour de l’emploi », résume un élu dans la salle. Difficile dans ces conditions de ne pas associer les entreprises dans les projets de développement local.

7 – vers la création d’un syndicat ?

Les propositions formulées par les organisateurs à l’issue de pré-rencontres et de débats tenaient donc compte de « l’irruption de la société civile », dans le processus de médiation, désormais tripartite avec le technicien et l’élu. Les participants ont voulu aller plus loin, notamment en termes de formation mais aussi de structuration de la profession et des modes d’échanges de pratiques.La proposition de former un syndicat a ainsi provoqué une scission dans le public, un tiers y étant opposé, un autre favorable, tandis que le dernier demandait à réfléchir. Les professionnels ont de plus évoqué la création de plate-forme recherche et  développement, de réunions inter-professionnelles, de fiches pédagogiques, de s’associer à d’autres réseaux.

8 –des chevilles ouvrières en ligne

Pour améliorer leurs échanges, les plus jeunes ont également préconisé la création de site internet pour « communiquer sur ce qui s’est fait », mais aussi l’utilisation des réseaux sociaux : «Créons une page facebook des développeurs territoriaux », lance l’un d’eux. « Il faut utiliser scoop.it », renchérit une autre. Ces demandes traduisent surtout un sentiment d’isolement dans leur informations et leurs formations personnelles, souvent dénoncé par les professionnels ; un comble pour ceux dont le métier est « de créer du lien ».

Message de Cécile Duflot à l'occasion du… par congresdesdeveloppeurs

Le congrès était salutaire et apprécié par la majorité des personnes intérrogées. Les participants au débriefing ont d’ailleurs montré leur volonté de le pérenniser et d’organiser leur profession pour répondre à leurs nouvelles missions : mettre en pratique les réformes engagées par le gouvernement, imaginer et mener des projets de développement durable, faire vivre la démocratie participative, trouver « des solutions plus efficaces pour tous les territoires », selon Cécile Duflot, ministre du Logement et de l’égalité des territoires, présente au congrès par vidéo interposée pour motiver ses « chevilles ouvrières de l’égalité des territoires ».

Cédric Néau

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